Démarche artistique
Je construis ma peinture autour de la présence humaine et de ce qui demeure lorsque le récit se retire. Mes figures apparaissent souvent frontales, immobiles ou saisies dans des gestes suspendus. Elles occupent l’espace sans chercher à se livrer entièrement. Cette retenue m’intéresse : elle permet au sujet représenté de conserver une part de lui-même, une zone qui échappe au regard et à l’interprétation.
La mémoire, l’identité, la dignité et la transmission traversent mon travail. Certaines séries prennent pour point de départ des réalités historiques ou contemporaines : la traite humaine, les violences faites aux femmes, les héritages postcoloniaux, les déplacements ou les récits familiaux; mais je ne cherche pas à les illustrer. Je m’intéresse davantage à ce qu’une histoire laisse dans un corps, une posture, un vêtement ou un silence. La peinture devient alors un espace où l’intime et le collectif peuvent se rencontrer sans que l’un absorbe l’autre.
Au fil de ma pratique, ma relation à la représentation s’est déplacée. J’ai longtemps travaillé avec des motifs très présents (fleurs, textiles, damiers, éléments issus de l’imaginaire et du patrimoine malgaches) qui construisaient autour de la figure un environnement presque narratif. Ces signes demeurent, mais leur fonction évolue. Une fleur peut masquer un regard plutôt que décorer un fond ; un vêtement peut devenir architecture ; un jardin peut être autant un lieu mental qu’un paysage. Je cherche moins aujourd’hui à expliquer la figure qu’à lui laisser la possibilité de résister à l’explication.
Cette recherche passe aussi par la matière picturale. Je travaille principalement à l’huile sur toile ou sur lin, dans une construction lente de l’image où le dessin, les couches successives, les glacis et les rapports entre lumière et profondeur participent à la présence du sujet. Les fonds sombres, les couleurs retenues ou, au contraire, certains contrastes très francs me permettent d’isoler la figure et de créer cette tension entre apparition et retrait qui revient d’une série à l’autre.
Le silence est devenu l’un des fils conducteurs de mon travail. Je ne l’envisage ni comme une absence ni comme une passivité, mais comme une forme de souveraineté. Se taire, se retirer partiellement du regard, ne pas tout révéler peuvent aussi être des manières d’exister. Ma peinture cherche cet endroit précis : celui où une figure est pleinement présente sans avoir à se rendre entièrement lisible.
